Mise en ligne & propriété

Vendre un nom de domaine : comment se passe la cession

Par Julien Morel23 octobre 202612 min de lecture

Deux mains qui se serrent au-dessus d'un bureau avec un ordinateur portable

Un nom de domaine se vend, mais il ne s’achète pas pour toujours

Il y a l’ancien nom de l’entreprise, abandonné lors d’un changement d’enseigne. Le nom réservé pour un projet qui ne s’est jamais fait. Le domaine d’une activité arrêtée, qu’on continue de renouveler chaque année par habitude. Et parfois, un matin, un message : quelqu’un souhaite racheter votre nom de domaine. La question se pose alors, souvent pour la première fois : peut-on vendre un nom de domaine, et comment s’y prend-on ?

La réponse est oui, à condition de comprendre ce qu’on vend. Un nom de domaine ne s’achète pas comme un objet. On le réserve auprès d’un registraire, pour une durée donnée, et on le renouvelle à chaque échéance. Tant qu’on le renouvelle, on en est le titulaire : la personne ou l’entreprise qui a le droit de l’utiliser et de décider de son sort. Le jour où l’on cesse de payer, il retourne dans le domaine public et n’importe qui peut le réserver.

Vendre un domaine, c’est donc changer son titulaire. Vous cédez votre place de titulaire à quelqu’un d’autre, qui reprendra les renouvellements et l’usage du nom. L’acheteur ne paie pas le nom lui-même, qui ne vaut que le coût de son renouvellement chez un registraire. Il paie le fait que ce nom précis lui revienne, plutôt qu’à vous.

Cette distinction compte pour la suite. Elle explique pourquoi la vente se fait en deux mouvements, le paiement d’un côté et le changement de titulaire de l’autre, et pourquoi tout le risque se loge entre les deux. Elle explique aussi pourquoi la valeur d’un domaine n’a aucun rapport avec ce qu’il vous a coûté à réserver.

Avant d’entrer dans le déroulé, une étape est trop souvent sautée : mesurer ce que vous perdez en vendant. Un nom de domaine d’entreprise n’est jamais tout à fait vide, même quand le site a disparu depuis longtemps.

Avant de vendre : ce qu’on perd

Le nom que vous voulez céder porte peut-être encore des choses que vous avez oubliées. Une fois la vente faite, tout ce qui en dépend passe sous le contrôle de l’acheteur.

Les adresses mail d’abord. Si des boîtes existent encore sous ce nom, ou si d’anciens clients et fournisseurs vous écrivent toujours à cette adresse, ces messages arriveront chez le nouveau titulaire. Il pourra les lire s’il crée les mêmes adresses. C’est la perte la plus sous-estimée, et la plus sensible.

Les comptes en ligne ensuite. Banque, assurance, administrations, fournisseurs, réseaux sociaux : beaucoup de comptes ont été ouverts avec une adresse sur ce domaine. Celui qui contrôle le domaine contrôle la réception des mails de réinitialisation de mot de passe. Avant toute vente, faites la liste de ces comptes et changez l’adresse de chacun.

Les liens et les clients, enfin. D’anciens articles, des annuaires, des partenaires pointent peut-être encore vers ce nom. Des clients le tapent de mémoire. Après la vente, ils arriveront sur le site de l’acheteur, quel qu’il soit. Si votre activité continue sous un autre nom, ce trafic est perdu pour vous, et parfois capté par quelqu’un qui vous ressemble.

Ce dernier point mérite réflexion. Un nom proche de votre marque, vendu à un concurrent, peut semer la confusion pendant des années. Mieux vaut parfois conserver un ancien nom pour le seul coût de son renouvellement, avec une redirection vers le nouveau site, que de le céder. La bascule d’un nom à l’autre, et la façon de garder ses clients en route, sont détaillées dans le passage à un nouveau nom de domaine.

Si, après ce tour d’horizon, le nom ne porte plus rien d’utile, vous pouvez envisager la vente sereinement.

Estimer la valeur sans se raconter d’histoire

La valeur d’un nom de domaine est ce qu’un acheteur précis est prêt à payer, à un moment précis. Il n’existe pas de prix officiel, et les outils d’estimation automatique donnent des résultats qu’il faut prendre avec beaucoup de recul.

Quelques critères pèsent réellement. Un nom court, facile à dire et à écrire, sans tiret ni chiffre, vaut plus qu’un nom long. Un mot courant ou une expression recherchée vaut plus qu’un assemblage de lettres. L’extension compte aussi : selon le marché visé, un acheteur français recherchera plutôt un nom en point fr ou en point com.

L’historique du domaine peut jouer dans les deux sens. Un nom qui a porté un site sérieux pendant des années, cité par d’autres sites, attire certains acheteurs. Un nom utilisé un temps pour du contenu douteux en fait fuir d’autres. Le trafic encore présent, s’il existe, est un argument concret, à condition de pouvoir le montrer.

Ce qui ne fait pas la valeur, c’est votre attachement au nom, ni ce que vous avez payé pour le renouveler pendant des années. Pour la plupart des noms d’anciennes petites entreprises, la valeur de revente est modeste, parfois nulle, sauf si un acheteur précis y trouve un intérêt particulier, typiquement une entreprise qui porte le même nom.

Pour vous faire une idée, regardez s’il existe des entreprises qui portent le même nom ou un nom très proche, en France ou ailleurs. Ce sont vos acheteurs les plus probables. Regardez aussi si le nom est encore tapé ou cité : un nom que plus personne ne cherche se vend difficilement, quel que soit son intérêt apparent.

Soyez donc lucide : vendre un nom de domaine n’est presque jamais une bonne affaire inattendue. C’est le plus souvent une façon propre de céder un actif dont on n’a plus l’usage, à quelqu’un qui en a besoin.

Trouver un acheteur ou répondre à une offre

Deux situations se présentent. Soit vous cherchez un acheteur, soit quelqu’un vous a contacté.

Pour chercher un acheteur, il existe des places de marché spécialisées où l’on met un nom en vente, avec un prix fixe ou en acceptant les offres. Certains registraires proposent aussi ce service à leurs clients. Une page simple, affichée sur le domaine lui-même et indiquant qu’il est à vendre avec une adresse de contact, suffit parfois quand un acheteur naturel existe, comme une entreprise homonyme.

Quand l’offre vient à vous, la prudence s’impose. Une offre spontanée peut être sérieuse : une entreprise qui porte le même nom, un projet qui démarre. Elle peut aussi être le premier temps d’une arnaque bien rodée.

Le schéma est connu. Un premier message annonce qu’un client fortuné souhaite acheter votre domaine pour une somme alléchante. Un second, envoyé par un prétendu courtier, explique que l’acheteur exige une expertise du nom avant de payer, et vous recommande un service d’évaluation. Ce service est payant. Une fois l’expertise réglée, l’acheteur disparaît. Personne n’a jamais voulu de votre nom.

La règle est simple. Un acheteur sérieux ne vous demande jamais de payer quoi que ce soit avant la vente. Pas d’expertise imposée, pas de frais d’inscription, pas de certificat à acheter. Si l’on vous demande de sortir de l’argent pour vendre, c’est une arnaque.

Méfiez-vous aussi des courriers qui imitent une facture de renouvellement ou un avertissement officiel. Votre domaine n’expire pas parce qu’un inconnu vous écrit. Seul votre registraire, celui chez qui le domaine est réservé, peut vous parler de son renouvellement.

Vendre le nom seul, ou le nom avec son site

Une question se pose avant même de parler d’argent : que vend-on exactement ? Le plus souvent, le nom seul. L’acheteur récupère une adresse et en fera ce qu’il veut. Mais il arrive qu’un site soit encore en ligne sous ce nom, avec ses pages, ses textes, ses photos, parfois une petite clientèle qui le consulte.

Dans ce cas, deux ventes se superposent. Celle du nom, qui suit le déroulé décrit plus bas. Et celle du contenu, qui pose d’autres questions. Les textes que vous avez écrits vous appartiennent et vous pouvez les céder. Les photos achetées sous licence, en revanche, ne se transmettent pas toujours : la licence vous autorisait à les utiliser, pas à les revendre. Le thème ou les extensions payantes du site sont souvent liés à un compte personnel. Et si le site contient des données de clients, formulaires, comptes, lettres d’information, leur transmission à un tiers obéit à des règles strictes de protection des données.

Le plus simple, pour une petite entreprise, est souvent de vendre le nom seul et de retirer le site avant la cession. L’accord écrit dit alors clairement que seul le nom est cédé, sans contenu. Si l’acheteur tient au site, faites lister précisément ce qui est transmis, et faites vérifier ce que vous avez le droit de céder.

Dernier cas, plus rare : la vente du nom dans le cadre de la cession de toute l’entreprise, ou d’un fonds de commerce. Le nom de domaine suit alors l’activité, et sa transmission doit être prévue dans l’acte de cession, avec les accès, au même titre que le fichier clients ou l’enseigne. Un repreneur qui découvre après coup que le domaine est resté au nom du cédant se retrouve dans une situation inconfortable.

Le déroulé de la vente

Une vente bien menée suit toujours le même ordre. Chaque étape protège l’une ou l’autre partie contre le risque qu’elle ne soit pas payée, ou qu’elle ne reçoive pas le domaine.

Tout commence par un accord écrit. Il précise le nom de domaine, le prix, les noms des deux parties, la date, et ce qui est cédé exactement : le nom seul, ou aussi le contenu d’un site existant. Il peut prévoir des garanties simples, par exemple que le vendeur est bien le titulaire et que le nom n’est pas l’objet d’un litige. Pour une entreprise, c’est un contrat de cession au sens courant.

Vient ensuite le paiement, et c’est là que la plupart des ventes se jouent. Le vendeur ne veut pas céder le domaine avant d’être payé ; l’acheteur ne veut pas payer avant d’avoir le domaine. La solution est un tiers de confiance, un service de séquestre : l’acheteur verse la somme à ce tiers, qui la garde ; le vendeur transfère le domaine ; une fois le transfert confirmé, le tiers libère les fonds au vendeur. Les places de marché intègrent souvent ce mécanisme.

Le transfert proprement dit dépend de la situation. Si l’acheteur veut garder le domaine chez le même registraire, il suffit de changer le titulaire, selon la procédure que propose ce registraire. S’il veut le déplacer chez son propre registraire, il faut débloquer le domaine, obtenir le code de transfert et le lui communiquer, puis confirmer la demande. Dans les deux cas, les informations du titulaire doivent être mises à jour au nom de l’acheteur.

Quelques précautions accompagnent cette étape. Vérifiez que le domaine n’est pas près de son échéance, ou renouvelez-le avant la vente si l’accord le prévoit. Sachez qu’après certains changements, un domaine peut être bloqué un temps et ne pas pouvoir changer de registraire immédiatement. Et gardez une trace de chaque confirmation reçue.

Enfin, la confirmation. L’acheteur vérifie qu’il contrôle bien le domaine, le tiers libère le paiement, et vous retirez toute trace du nom de vos outils : redirections, adresses mail, enregistrements dans vos comptes.

Facture, comptabilité et fiscalité

Une entreprise qui vend un nom de domaine vend un élément de son patrimoine, même modeste. Cette vente doit apparaître dans ses comptes.

Établissez une facture au nom de l’acheteur, qui mentionne le nom de domaine cédé et le prix. Le traitement de la vente en comptabilité, et celui de la TVA, dépendent de la situation de l’entreprise et de la façon dont le domaine figurait dans ses comptes. C’est une question à poser à l’expert-comptable avant de signer, pas après.

Gardez tout : l’accord écrit, les échanges, la confirmation du tiers de confiance, celle du registraire. En cas de contestation, ces documents prouvent que la cession a eu lieu, à quelle date et à quel prix.

Ce réflexe de garder la main sur ce qui porte le nom de l’entreprise est au cœur de ce que Web Motion explique dans les questions de propriété du site : un nom de domaine se gère comme un bien, de sa réservation à sa cession.

Questions fréquentes

Peut-on vendre un nom de domaine en .fr ?

Oui. Un nom en point fr peut changer de titulaire, à condition que l’acheteur remplisse les conditions d’éligibilité de cette extension, qui couvrent les personnes et les entreprises établies dans l’Union européenne et dans quelques pays voisins. La procédure passe par le registraire, qui recueille l’accord des deux parties. Renseignez-vous auprès du vôtre avant de conclure la vente.

Combien de temps prend le transfert ?

Un changement de titulaire chez le même registraire peut être rapide. Un transfert vers un autre registraire prend généralement plus de temps, car il demande des confirmations des deux côtés. Prévoyez une marge dans l’accord écrit, et ne libérez jamais le domaine avant que le paiement soit sécurisé chez un tiers de confiance.

Que deviennent les mails après la vente ?

Ils deviennent l’affaire de l’acheteur. Une fois qu’il contrôle le domaine, il peut créer des adresses identiques aux vôtres et recevoir les messages qui leur sont envoyés. Avant la vente, changez l’adresse de tous vos comptes en ligne, prévenez vos contacts et cessez d’utiliser les anciennes adresses.

Comment savoir si une offre de rachat est sérieuse ?

Une offre sérieuse vient d’une personne ou d’une entreprise identifiable, accepte de passer par un tiers de confiance, et ne vous demande aucun paiement préalable. Une offre qui exige une expertise payante, des frais de dossier ou un certificat avant toute vente est une arnaque, quel que soit le montant annoncé.