Mise en ligne & propriété

Récupérer son site quand on quitte son prestataire

Par Julien Morel28 septembre 202614 min de lecture

Disques de sauvegarde et cable poses a cote d un ordinateur portable

Ce qu’on appelle « le site » est en réalité cinq choses

La relation avec votre prestataire touche à sa fin. Vous voulez partir avec votre site, et vous imaginez recevoir un fichier par mail, comme on reçoit un devis ou une facture. Ça ne fonctionne pas ainsi. Un site, c’est cinq choses à récupérer, pas une. Et chacune peut se trouver bloquée indépendamment des quatre autres.

La première, c’est le nom de domaine. L’adresse que vos clients tapent, celle qui figure sur vos cartes et vos devis. Point critique : elle peut se trouver enregistrée au nom du prestataire, pas au vôtre. Vous l’utilisez depuis des années, vous la payez dans votre forfait, et pourtant elle ne vous appartient pas juridiquement. Vérifiez ce détail avant tout le reste.

La deuxième, c’est l’hébergement. Le serveur, quelque part, qui stocke votre site et le sert aux visiteurs. Pour y toucher, il faut des accès hébergement : un identifiant, un mot de passe, une console d’administration. Sans ces accès, personne ne peut sauvegarder quoi que ce soit.

La troisième, ce sont les fichiers. Le moteur du site, son thème graphique, ses extensions. C’est la mécanique, le moteur sous le capot. Ils se copient, ils se transfèrent, à condition d’y accéder.

La quatrième, c’est la base de données. Moins visible, tout aussi indispensable. Elle contient vos pages, vos réglages, vos comptes utilisateurs, vos formulaires. Les fichiers sans la base donnent une coquille vide. La base sans les fichiers donne un contenu sans structure pour l’afficher.

La cinquième, c’est le contenu. Vos textes, vos photos, et surtout les originaux des photos, les fichiers sources en pleine résolution. Les versions affichées sur le site sont compressées, rognées, parfois inutilisables pour reconstruire ailleurs.

Voilà où les départs se bloquent. On peut posséder le domaine sans les fichiers. On peut détenir les fichiers sans la base. On peut recevoir une sauvegarde sans les accès pour la restaurer. Chaque composante a son propriétaire, son identifiant, sa procédure de reprise. Récupérer son site internet auprès d’une agence revient donc à mener cinq demandes distinctes, pas une seule. Un transfert réussi couvre les cinq. Un transfert partiel laisse un site mort entre les mains.

Ce constat ne relève pas de la méfiance. La plupart des prestataires répondent normalement à une demande claire. Mais une demande claire suppose de savoir quoi demander.

Ce qu’il faut demander, dans l’ordre

L’ordre des demandes décide de la réussite de la reprise. Ce n’est pas un détail d’organisation. Chaque étape conditionne la suivante, et commencer par le mauvais bout peut laisser votre site hors ligne alors que rien n’est prêt derrière.

On commence par le nom de domaine. Toujours. Vérifiez à quel nom il est enregistré, puis exigez le transfert vers votre propre compte, ou le changement de titulaire si le domaine figure au nom du prestataire. Pourquoi d’abord ? Parce que le domaine porte tout le reste. Les adresses de vos pages en dépendent. Vos adresses mail aussi. Sans la maîtrise du domaine, une copie parfaite des fichiers ne sert à rien : vous ne pouvez pas la brancher sur votre adresse. La question de la propriété du nom de domaine mérite une vérification à part entière, tant les situations varient d’un contrat à l’autre.

Ensuite, les accès hébergement. Demandez les identifiants de la console d’administration, ainsi qu’un accès FTP ou son équivalent. Ces identifiants ouvrent la porte du serveur. Sans eux, la copie des fichiers reste une promesse, pas une action.

Puis vient la copie complète. Une sauvegarde des fichiers et de la base de données, exploitables, pas un export partiel de quelques pages au format PDF. Précisez ce que vous attendez : l’intégralité, dans un format qu’un autre prestataire pourra restaurer. Une sauvegarde tronquée se découvre trop tard, le jour de la réinstallation.

Enfin, les originaux des photos. Les fichiers sources, tels qu’ils sont sortis de l’appareil ou du téléphone. Pas les versions compressées affichées sur le site. Cette demande arrive en dernier parce qu’elle ne bloque rien techniquement, mais elle conditionne la qualité de ce que vous reconstruirez.

Formulez chaque demande par écrit. Pas de vive voix, pas au téléphone. Une demande écrite date, trace, et se relance. Elle fixe aussi le ton : vous réclamez ce qui relève de votre site, calmement, sans conflit. Changer de prestataire pour son site internet relève d’une démarche normale de la vie d’une entreprise. Un client qui paie son site doit pouvoir demander ces éléments sans que cela devienne un bras de fer. Un prestataire honnête le sait, et le dit.

Préparez ces quatre demandes dans un seul courrier, ordonnées comme ici. Le prestataire lit, comprend, et répond point par point.

Ne coupez rien avant d’avoir tout

Voici le point que presque personne n’explique : votre site doit rester en ligne pendant toute la reprise. L’envie de tourner la page vite se comprend. La précipitation coûte cher.

Une bascule trop tôt produit trois dégâts. D’abord une coupure du site : vos clients tombent sur une page d’erreur, votre téléphone sonne moins. Ensuite des adresses mail mortes : les messages partent dans le vide, et vous ne le savez même pas. Enfin une perte de visibilité locale : votre fiche établissement, vos avis, votre position sur les recherches qui contiennent le nom de votre ville. Ces éléments se reconstruisent lentement, parfois sur plusieurs mois.

Transférer son site sans coupure suit une séquence précise. On prépare le nouvel hébergement pendant que l’ancien tourne. Le site actuel continue de fonctionner, vos clients ne voient rien. On y installe ensuite la copie complète, fichiers et base de données, et on la teste. Chaque page, chaque formulaire, chaque bouton de contact.

Vient la vérification des adresses. Les pages du nouveau site doivent reprendre la même structure des adresses que l’ancien. Une page qui change d’adresse sans redirection devient invisible pour les moteurs et pour les clients qui l’avaient enregistrée. Pour les adresses qui changeraient malgré tout, on prépare les redirections à l’avance, une par une.

Seulement quand tout fonctionne chez le nouveau, on bascule le domaine. Pas avant. La bascule elle-même prend peu de temps, mais sa propagation peut demander quelques heures, pendant lesquelles les deux versions coexistent selon les endroits. Comptez quelques semaines pour l’ensemble de la reprise, de la première demande à la bascule finale.

Et une règle absolue : ne résiliez rien chez l’ancien prestataire avant d’avoir tout vérifié chez le nouveau. Ni l’hébergement, ni le contrat, ni aucun accès. Tant que l’ancien site tourne, vous gardez une solution de repli. Le jour où quelque chose manque dans la sauvegarde, vous pouvez encore y retourner. Après la résiliation, plus rien.

Ce qui ne se récupère pas et qu’il faut refaire

Disons-le clairement, sans laisser espérer l’inverse : un site construit sur l’outil propre au prestataire ne se déplace pas. Son système maison, son abonnement mensuel, sa plateforme fermée. Le site fonctionne là, et nulle part ailleurs. Le jour du départ, il n’y a rien à transférer. On repart du contenu.

Les pages qui vendent ces abonnements présentent la chose autrement, évidemment. Elles parlent de simplicité, de tout compris, de tranquillité. Elles oublient de préciser que la tranquillité s’arrête le jour où vous partez. Un prestataire honnête vous le dit dès le départ, même quand ça ne l’arrange pas : ce qui appartient au client, c’est le contenu. Pas l’outil.

Comment savoir dans quel cas vous vous trouvez ? Un test simple. Demandez à votre prestataire si le site peut tourner chez un autre hébergeur, tel quel. Si la réponse est oui, vous détenez quelque chose de transférable. Si la réponse est non, ou si elle devient vague, le site vit sur un outil fermé. Cette question se pose avant toute rupture, d’ailleurs. Mieux vaut connaître la réponse pendant que la relation est bonne.

Ce qui se récupère quand même : vos textes, d’abord. Ils vous appartiennent, ils se copient, page par page. Vos photos ensuite, et leurs originaux si vous les avez exigés. Et la structure des adresses : la liste des noms de vos pages, qui servira à reconstruire à l’identique et à préparer les redirections nécessaires.

Reconstruire, concrètement, signifie repartir sur un outil ouvert. Un système reconnu, dont vous détenez les accès, que n’importe quel prestataire peut reprendre demain. Votre contenu y retrouve sa place, vos pages conservent leurs adresses, vos visiteurs ne voient quasiment aucune différence.

Sur le coût, parlons mécanisme, pas chiffres. Ce qui fait monter le devis d’une reconstruction : le volume de pages, la complexité des formulaires, la présence d’un module de réservation ou de paiement, la qualité demandée sur les photos. Ce qui le fait descendre : un contenu déjà récupéré et propre, une structure simple, des textes prêts à copier. Ce que le devis doit détailler pour rester comparable : la reprise du contenu, la reconstruction des pages, les redirections, la bascule du domaine, poste par poste. Un devis global en une ligne ne se compare à rien. Toutes ces questions relèvent de la mise en ligne et la propriété du site, un ensemble plus large que la seule technique.

Les adresses mail, oubliées à chaque fois

Deuxième point jamais traité, et pourtant : vos adresses mail dépendent souvent du même domaine que votre site. Elles meurent le jour du transfert si personne ne s’en occupe.

Le mécanisme se comprend en une phrase. Votre adresse en nom d’entreprise repose sur le domaine, et celui qui tient le domaine et sa configuration tient la boîte mail. Le domaine bascule, la configuration disparaît, la boîte s’éteint. Vos clients continuent d’écrire. Rien n’arrive.

La séquence propre couvre quatre gestes. Recenser d’abord toutes les adresses utilisées : l’accueil, les devis, le contact, parfois une adresse personnelle d’employé. Sauvegarder ensuite les messages avant toute bascule, en exportant le contenu des boîtes. Recréer les adresses chez le nouvel hébergeur, ou chez un service mail séparé, avant de basculer le domaine. Vérifier enfin la réception le jour du transfert, en s’envoyant un message de test sur chaque adresse.

Un service mail séparé mérite réflexion. Il découple votre messagerie de votre hébergement, et le prochain changement de prestataire ne touchera plus vos mails. Préparer cette séparation coûte peu au moment de la reprise. La refaire plus tard demande de tout recommencer.

La conséquence d’un oubli se décrit simplement : l’entreprise perd sa boîte le jour du transfert. Les clients écrivent dans le vide. Les demandes de devis n’arrivent plus. Personne ne reçoit d’erreur côté expéditeur dans certains cas, donc personne ne vous prévient. Vous découvrez le problème des semaines plus tard, quand un client vous croise et vous dit qu’il n’a jamais eu de réponse. Une sauvegarde et une recréation préparées à l’avance évitent entièrement ce scénario.

Un détail aggrave encore la situation : l’adresse en nom d’entreprise figure souvent sur vos devis, vos factures, votre enseigne. La changer oblige à tout rééditer et à prévenir vos contacts un par un. La recréer à l’identique chez le nouveau prestataire évite ce travail. C’est une raison de plus de traiter la question avant la bascule, pas après.

Si le prestataire ne répond plus

Ça arrive. Un prestataire qui ferme, qui ne répond plus, qui fait le mort. Trois cas se distinguent.

Ce qui reste possible sans lui : si vous détenez déjà le domaine ou les accès hébergement, la reprise avance sans le prestataire. Un nouveau professionnel se connecte, sauvegarde, transfère. Le silence de l’ancien ne bloque rien.

Ce qui exige une demande formelle : le transfert du domaine ou la remise des accès quand ils restent entre ses mains. On passe alors par une demande écrite, en courrier recommandé avec accusé de réception. La lettre date la réclamation, trace la démarche, et constitue une preuve si la situation se prolonge. Conservez tout : le courrier, l’accusé, les échanges antérieurs, les factures qui prouvent vos paiements. Exiger par écrit, c’est aussi se donner les moyens d’une suite si la réponse tarde.

Ce qu’on reconstruit : quand rien ne revient, ni domaine, ni accès, ni fichiers, on repart du contenu visible. Les textes se recopient depuis le site tant qu’il reste en ligne. Les photos se récupèrent dans leurs versions affichées, faute de mieux. La structure des adresses se relève page par page. Un nouveau domaine, proche de l’ancien, et une reconstruction sur un outil ouvert. Ce scénario coûte plus de temps, mais il aboutit. Chez Web Motion, ce type de reprise fait partie des situations que nous traitons régulièrement, et la première étape consiste toujours à établir l’inventaire de ce qui reste accessible.

Un point d’attention dans ce scénario : le temps joue contre vous. Si l’ancien hébergement n’est plus payé, le site peut disparaître du jour au lendemain, et le contenu visible avec lui. Recopiez vos textes et vos pages dès que le doute s’installe, sans attendre la réponse au recommandé. Ce qui est sauvegardé tôt ne dépend plus de personne.

Aucune promesse juridique ici. Chaque contrat diffère, chaque situation appelle son analyse. Mais l’inventaire, lui, se fait dans tous les cas de la même façon.

Questions frequentes

Mon prestataire peut-il refuser de me rendre mon site ?

Tout dépend de quoi on parle. Votre contenu, vos textes, vos photos : ils vous appartiennent. Votre domaine, si vous en êtes titulaire : il vous revient. L’outil maison du prestataire, en revanche, reste sa propriété, et il n’a aucune obligation de le livrer. En cas de blocage, la demande écrite en recommandé constitue la première étape, avec conservation de toutes les preuves.

Dois-je payer pour récupérer mes fichiers ?

Le temps passé à exporter et préparer une sauvegarde complète peut légitimement se facturer : c’est du travail. En revanche, facturer la simple remise de vos accès ou de votre domaine relève d’une autre logique. Exigez un devis détaillé, poste par poste, pour distinguer l’export technique de ce qui ne devrait rien coûter. Un devis détaillé se compare, un montant global non.

Vais-je perdre mon référencement ?

Votre visibilité locale repose sur votre fiche établissement, vos avis, et votre présence sur les recherches qui contiennent le nom de votre ville. Reprendre la même structure des adresses et préparer les redirections protège l’essentiel de ce capital. Une coupure longue, en revanche, coûte cher : les moteurs finissent par oublier un site qui ne répond plus. D’où la règle : ne rien couper avant d’avoir tout.

Que faire de mes adresses mail ?

Recensez toutes les adresses utilisées, sauvegardez les messages, recréez les boîtes chez le nouvel hébergeur ou chez un service mail séparé, et ce avant de basculer le domaine. La boîte meurt le jour du transfert si elle n’a pas été préparée, et vos clients écriront dans le vide sans que personne ne vous prévienne.