Un code, et votre nom de domaine change de mains
Vous avez trouvé un nouveau prestataire. Il est prêt à reprendre votre site, il a même préparé la suite. Puis il vous demande une chose inattendue : lui transmettre le code de transfert de votre nom de domaine. Vous ne savez pas de quoi il parle. Vous n’avez jamais vu passer un tel code. Quand vous le demandez à votre ancien prestataire, la réponse tarde.
Ce code porte plusieurs noms selon les interlocuteurs. Code de transfert, code d’autorisation, parfois code auth, qui abrège le terme anglais. Il s’agit toujours de la même chose : une suite de caractères, propre à votre nom de domaine, qui prouve que la personne qui demande à le déplacer en a le droit. C’est un peu la clé que l’on remet au nouveau locataire, à ceci près qu’elle ne se copie pas et qu’elle n’existe que pour votre adresse.
Son rôle est simple. Un nom de domaine est enregistré chez un bureau d’enregistrement, une société agréée pour gérer les adresses internet. Changer de prestataire ou d’hébergeur implique souvent de déplacer le domaine vers un autre bureau, ou vers le compte de votre nouveau prestataire. Pour que ce déplacement soit accepté, le bureau d’arrivée doit présenter le code fourni par le bureau de départ. Sans le code, le domaine ne bouge pas.
C’est pour cela que ce petit code décide, en pratique, si vous pouvez partir. Votre site peut être copié, vos textes récupérés, vos photos rassemblées : tant que le domaine reste bloqué chez l’ancien interlocuteur, votre adresse, celle que connaissent vos clients et qui figure sur votre véhicule ou votre vitrine, reste entre ses mains.
Les pages qui expliquent le transfert sont presque toutes écrites par des bureaux d’enregistrement, pour des clients qui ont déjà accès à leur compte. Elles décrivent où cliquer. Ce texte s’adresse au cas plus fréquent chez les petites entreprises : celui où c’est le prestataire qui gère tout, et où vous n’avez jamais vu ce compte.
Qui détient le code, et pourquoi ce n’est pas toujours vous
Le code se demande au bureau d’enregistrement. Il est délivré à deux types de personnes : le titulaire du nom de domaine, c’est-à-dire la personne ou l’entreprise au nom de laquelle il a été réservé, et celui qui gère le compte client dans lequel le domaine est rangé. Dans l’idéal, ces deux personnes n’en font qu’une, et c’est vous.
La réalité est souvent différente. Quand un prestataire crée un site pour un artisan, il réserve fréquemment le domaine lui-même, depuis son propre compte, avec lequel il gère tous ses clients. C’est pratique pour lui : un seul espace, une seule facture, un seul renouvellement à surveiller. Le domaine peut alors être enregistré à votre nom tout en étant rangé dans son compte. Il peut aussi être enregistré directement à son nom, ce qui est plus embêtant.
Dans le premier cas, vous êtes titulaire, mais vous n’avez pas la main sur le compte. Le code peut être obtenu par le prestataire en quelques clics, et il peut aussi vous être envoyé si vous le réclamez en tant que titulaire, selon les procédures du bureau d’enregistrement. Dans le second cas, le prestataire est à la fois gestionnaire et titulaire, et c’est lui seul qui peut agir, sauf à contester cette titularité.
Avant toute démarche, sachez donc dans quelle situation vous vous trouvez. Une recherche dans l’annuaire public des noms de domaine, qu’on appelle aussi recherche Whois, donne souvent le bureau d’enregistrement et parfois le titulaire. Certaines extensions masquent ces informations par discrétion. Votre prestataire peut vous les confirmer par écrit, et c’est une question qu’il est légitime de lui poser à tout moment.
La question de fond, celle de savoir au nom de qui votre adresse devrait être déposée, mérite d’être réglée une fois pour toutes. Les conseils pour savoir qui doit être propriétaire du nom de domaine expliquent pourquoi il doit être à votre nom, et ce qu’il faut vérifier pour vous en assurer.
Un cas intermédiaire se rencontre aussi : le domaine est enregistré au nom de l’entreprise, mais le contact administratif désigné est le prestataire. Techniquement, il reçoit alors tous les messages liés au domaine, y compris ceux qui contiennent le code ou les demandes de confirmation. Vous êtes propriétaire sur le papier et spectateur dans les faits. Là encore, la situation se corrige, à condition de la connaître avant d’en avoir besoin.
Retenez ici le principe utile pour le transfert. Si le domaine est à votre nom, vous avez un droit à obtenir le code, même si le compte est géré par quelqu’un d’autre. S’il est au nom du prestataire, vous dépendez de lui, et votre demande devra être d’autant plus claire.
Le demander par écrit
Une demande orale se perd. Une demande vague appelle une réponse vague. Pour obtenir un code de transfert, écrivez un message court, précis et daté, qui ne laisse aucune place à l’interprétation.
Il doit contenir quatre éléments. Le nom de domaine concerné, écrit en entier, avec son extension. Le motif, en une phrase : vous confiez votre site à un autre prestataire et souhaitez transférer votre nom de domaine. L’adresse où recevoir le code, de préférence une adresse mail que vous consultez vous-même, et non celle d’un ancien salarié. Enfin une date à laquelle vous souhaitez l’avoir reçu, raisonnable mais explicite.
Ajoutez une demande complémentaire qui évite une seconde attente : le déverrouillage du domaine. La plupart des domaines sont verrouillés par défaut contre les transferts, une protection contre les vols d’adresse. Le code seul ne suffit pas si le verrou reste actif. Demander les deux en même temps fait gagner un aller-retour.
Un exemple de formulation suffit à fixer les idées. Vous écrivez que vous confiez désormais votre site à un autre prestataire, que vous souhaitez transférer le nom de domaine de votre entreprise, et que vous le remerciez de vous communiquer le code de transfert à votre adresse, après avoir déverrouillé le domaine, avant la date que vous indiquez. Quelques lignes, pas davantage. Une demande de cette forme se traite en quelques minutes par un prestataire de bonne volonté.
Le ton reste neutre. Vous ne reprochez rien. Vous signalez une décision et demandez les moyens de l’exécuter. Un prestataire qui sent le conflit a tendance à se braquer, alors qu’un prestataire à qui l’on présente une sortie propre transmet plus volontiers ce qu’on lui demande. Vous pouvez même le remercier du travail réalisé : cela ne coûte rien, et cela rend un refus plus difficile.
L’écrit compte surtout si la réponse tarde. Il date votre demande, fixe ce que vous avez réclamé et à qui. Si vous devez relancer, vous le ferez en rappelant ce premier message. Si la situation se tend davantage, c’est la pièce que vous présenterez, au bureau d’enregistrement comme à un conseil. Conservez-le, avec toutes les réponses reçues.
Si vous êtes titulaire et que le prestataire ne répond pas, vous pouvez aussi vous adresser directement au bureau d’enregistrement. La procédure varie d’un bureau à l’autre. Elle demande en général de prouver votre identité et votre qualité de titulaire. Votre demande écrite au prestataire, restée sans suite, fait partie des éléments utiles.
Les blocages qu’on vous opposera
Même avec une demande claire, des obstacles peuvent surgir. Ils sont de quatre natures, et ils n’ont pas la même portée. Les reconnaître permet de savoir lequel se lève en un clic et lequel demande davantage.
Le domaine est verrouillé
C’est l’obstacle le plus courant et le plus simple. Le verrouillage est une option du bureau d’enregistrement. Celui qui gère le compte la désactive en quelques instants. Si l’on vous l’oppose comme un argument définitif, il ne l’est pas : le verrou existe pour protéger votre domaine, pas pour vous empêcher d’en disposer.
L’adresse de contact est périmée
Le code est parfois envoyé automatiquement au contact administratif du domaine. Si cette adresse est celle d’un ancien associé, d’un salarié parti ou de l’ancien prestataire, le code part dans une boîte que personne ne lit. Il faut alors d’abord mettre à jour ce contact, ce qui suppose l’accès au compte ou une procédure auprès du bureau. Vérifier cette adresse avant de demander le code évite bien des pertes de temps.
Un contrat est en cours
Votre prestataire peut invoquer un contrat qui court encore, un engagement de durée ou des sommes restant dues. C’est une question contractuelle, et chaque contrat est différent. Ce texte ne tranche pas ce point. Notez seulement qu’un litige sur une facture et la gestion d’un nom de domaine sont deux sujets distincts, qu’il est utile de séparer dans la discussion.
Le domaine est au nom du prestataire
C’est le cas le plus délicat. Juridiquement, le titulaire est celui qui figure dans l’enregistrement. Si c’est le prestataire, il est le seul à pouvoir demander le code sans contestation. Certains transfèrent la titularité sans difficulté quand on le leur demande, parce qu’ils considèrent que le domaine vous revient. D’autres refusent. Là encore, la réponse dépend du contrat et des échanges. Gardez toutes les traces qui montrent que ce domaine a été réservé pour votre entreprise, à votre demande et à vos frais.
Le transfert lui-même, vu du client
Une fois le code obtenu et le domaine déverrouillé, le reste de l’opération se déroule presque sans vous. Votre nouveau prestataire, ou vous-même si vous ouvrez votre propre compte, lance la demande de transfert auprès du nouveau bureau d’enregistrement en saisissant le code.
Vous recevez ensuite une demande de confirmation, en général par mail, envoyée à l’adresse de contact du domaine. D’où l’importance que cette adresse soit la vôtre. Sans cette validation, le transfert peut rester en attente ou être annulé. Surveillez votre boîte, y compris les messages indésirables, dans les jours qui suivent la demande.
Le transfert prend ensuite quelques jours. Pendant ce temps, le domaine reste chez l’ancien bureau, puis bascule chez le nouveau. Transférer son nom de domaine chez un autre hébergeur ne signifie pas pour autant déplacer son site : le domaine est l’adresse, l’hébergement est le terrain sur lequel le site est bâti. Les deux peuvent bouger ensemble ou séparément.
C’est ce point qu’il faut vérifier avant de lancer quoi que ce soit. Votre site et votre messagerie doivent continuer à fonctionner pendant et après la bascule. Ils dépendent de réglages attachés au domaine, qui indiquent où se trouve le site et où arrivent les mails. Si ces réglages ne sont pas repris chez le nouveau bureau, le site peut devenir inaccessible et les mails se perdre. Demandez à votre nouveau prestataire comment il compte les reprendre, avant de lui transmettre le code.
Profitez aussi du transfert pour régler ce qui ne l’était pas. Le nouveau compte doit être ouvert au nom de l’entreprise, avec une adresse de contact que vous lisez vous-même. Si votre nouveau prestataire propose de ranger le domaine dans son propre compte, par commodité, demandez-lui au minimum de l’enregistrer à votre nom et de vous transmettre les identifiants. Vous éviterez de revivre la même situation dans quelques années.
Enfin, une fois le transfert achevé, contrôlez trois choses. Le site s’affiche normalement. Un mail envoyé à votre adresse professionnelle arrive bien. Le domaine apparaît désormais dans un compte auquel vous avez accès, ou dont vous avez au moins les identifiants par écrit.
Les précautions pour ne rien couper
Un transfert bien préparé passe inaperçu de vos clients. Quelques précautions suffisent. Choisissez d’abord le moment. Évitez la veille d’une période chargée, d’une saison haute ou d’une campagne de communication. Si quelque chose se passe mal, vous voulez avoir le temps de corriger sans perdre de rendez-vous.
Prévenez ensuite votre nouveau prestataire de tout ce qui dépend du domaine : le site, bien sûr, mais aussi les adresses mail, le formulaire de contact, un éventuel module de réservation. Il doit pouvoir tout reprendre. Enfin, gardez l’ancien hébergement actif le temps de la bascule. Résilier trop tôt, c’est risquer que le site disparaisse avant que le nouveau soit prêt.
Un transfert réussi fait partie de tout ce qui touche à la propriété du site, et c’est l’un des gestes que Web Motion recommande de préparer avant même d’en avoir besoin.
Questions fréquentes
Le code de transfert a-t-il une durée de validité ?
Souvent, oui. Selon les bureaux d’enregistrement et les extensions, un code peut expirer au bout d’un certain temps ou être régénéré à chaque demande. Utilisez-le donc dès que vous le recevez. S’il est refusé par le nouveau bureau, demandez-en un nouveau plutôt que d’insister avec l’ancien.
Le transfert coupe-t-il le site ?
Pas s’il est préparé. Le transfert du domaine lui-même ne coupe rien, à condition que les réglages indiquant où se trouvent le site et la messagerie soient repris à l’identique. Les coupures viennent presque toujours d’un hébergement résilié trop tôt ou de réglages oubliés. Demandez à votre nouveau prestataire de vérifier ces points avant de lancer l’opération.
Peut-on transférer un domaine qui expire bientôt ?
C’est généralement possible, mais plus délicat. Certains bureaux refusent les transferts à l’approche de l’expiration, ou dans les jours qui suivent un renouvellement. Le plus prudent est de renouveler d’abord le domaine, puis de lancer le transfert une fois ce renouvellement enregistré. Vérifiez la date d’expiration avant toute démarche.
Que faire si le prestataire ne répond pas ?
Relancez une fois par écrit, en rappelant votre première demande. Si vous êtes titulaire du domaine, adressez-vous ensuite directement au bureau d’enregistrement, qui dispose de procédures pour ce cas. Conservez tous vos échanges. Si le domaine est au nom du prestataire, la situation relève du contrat, et un conseil pourra vous dire quelles suites donner.
