À quoi sert un devis de site
Vous avez demandé à deux ou trois prestataires de vous proposer un site pour votre entreprise. Les devis arrivent. L’un tient sur une demi-page avec une ligne unique, « création d’un site vitrine », et un total. L’autre fait quatre pages, avec des termes que vous ne comprenez pas tous. Un troisième ressemble à une plaquette commerciale. Comment savoir lequel est sérieux, et surtout ce que chacun vous engage à payer, et à recevoir ?
Un devis n’est pas d’abord un prix. C’est la description de ce qui sera livré, dans quelles conditions, et à quel moment. Le montant n’a de sens que rapporté à cette description. Deux devis au même total peuvent couvrir des choses très différentes, et le moins cher sur le papier peut devenir le plus coûteux dès la première modification demandée.
Une fois signé, avec la mention de votre accord, le devis vous engage, et il engage le prestataire. Tout ce qui y figure devra être livré. Tout ce qui n’y figure pas pourra vous être facturé en plus, ou simplement ne jamais être fait. C’est pour cela qu’un devis se lit par ce qu’il oublie autant que par ce qu’il contient.
La suite reprend un devis type, partie par partie. Pour chaque ligne, ce qu’elle doit préciser et le signe qui doit vous alerter. Vous n’y trouverez aucun montant : les prix varient selon les régions, les métiers et les prestataires, et un chiffre posé ici vous induirait en erreur. Ce qui compte, c’est que vous sachiez lire le vôtre.
L’en-tête : qui, quand, jusqu’à quand
Le haut du devis paraît administratif. Il dit pourtant beaucoup du prestataire, et il conditionne vos recours si quelque chose se passe mal.
L’identité du prestataire doit être complète : nom ou raison sociale, forme de l’entreprise, adresse, numéro d’immatriculation, et numéro de TVA s’il en a un. Un devis signé d’un simple prénom avec un numéro de portable ne vous permet pas de savoir à qui vous avez affaire. Vérifiez que l’entreprise existe bien sous ce nom dans les registres publics.
Votre identité, ensuite. Le devis doit être établi au nom de votre entreprise, pas à votre nom personnel, surtout si le prestataire réserve en même temps le nom de domaine ou l’hébergement. C’est un détail qui décide souvent, plus tard, de qui est titulaire de quoi.
La date et la durée de validité complètent l’en-tête. Un devis sans durée de validité laisse le prestataire libre de réviser son offre quand bon lui semble. Un numéro de devis, enfin, permet de s’y référer sans ambiguïté dans les échanges et sur la facture.
Un dernier point se lit souvent en bas de cette première partie : le nom de l’interlocuteur. Qui suivra votre projet ? Le commercial qui vous a vendu le site ne sera peut-être jamais celui qui le construit. Demandez qui sera votre contact pendant la réalisation, et après.
L’exemple commenté : les lignes de la création
Voici le cœur d’un devis de site vitrine, présenté comme un tableau de lecture. Chaque ligne correspond à un poste que vous devriez retrouver, sous une forme ou une autre, dans le devis reçu. La colonne du montant est volontairement absente : c’est à vous de la remplir avec les chiffres de votre devis, une fois que vous savez ce que chaque ligne doit couvrir.
| Ligne du devis | Ce qu’elle doit préciser | Signe d’alerte |
|---|---|---|
| Maquette | Nombre de propositions graphiques et de séries de corrections incluses | Aucune maquette prévue, design « au choix du prestataire » |
| Pages | La liste des pages, par leur nom : accueil, services, réalisations, contact, mentions légales | « Site de cinq pages » sans dire lesquelles |
| Textes | Qui les écrit : vous, le prestataire, ou un rédacteur, et combien de relectures | Rien sur les textes, donc page vide à remplir vous-même |
| Photos | Fournies par vous, achetées, ou réalisées sur place | Photos « incluses » sans précision sur leurs droits |
| Formulaire et fonctions | Formulaire de contact, prise de rendez-vous, carte, chacun nommé | « Fonctionnalités standard » sans liste |
| Version téléphone | Affichage adapté aux téléphones, testé avant livraison | Version mobile proposée en option |
| Mise en ligne | Installation sur l’hébergement, réglages de base, déclaration aux moteurs | Mise en ligne absente ou facturée à part sans le dire |
La ligne des pages mérite une attention particulière. Un devis qui annonce un nombre de pages sans les nommer vous laisse dans le flou : une page de mentions légales compte-t-elle ? une page de réalisations qui s’enrichira chaque mois ? Exigez la liste. Elle sert aussi de base au moment de vérifier que tout a été livré.
Celle des textes est la plus souvent sous-estimée. Beaucoup de devis partent du principe que le client fournit ses textes. C’est légitime, mais il faut le savoir avant de signer, parce qu’écrire les textes d’un site prend du temps, et qu’un site sans textes ne sera jamais mis en ligne. Si le prestataire les rédige, le devis doit dire sur quelle base : entretien avec vous, questionnaire, relectures.
Les lignes de ce qui reste à vous
Une partie du devis ne concerne pas ce qui sera fabriqué, mais ce qui vous appartiendra à la fin. C’est celle que les devis rapides oublient, et celle qui crée les conflits les plus pénibles, souvent des années plus tard.
Le nom de domaine d’abord. Le devis doit dire qu’il sera réservé au nom de votre entreprise, avec vous comme titulaire. Si le prestataire le réserve à son propre nom pour aller plus vite, il en reste juridiquement titulaire. Le jour où vous voulez partir, récupérer votre adresse internet devient une négociation.
L’hébergement ensuite. Qui paie l’hébergement, à quel nom est le compte, et que se passe-t-il si vous changez de prestataire ? Un hébergement à votre nom, dont le prestataire a l’usage, vous laisse libre. Un hébergement inclus dans un forfait du prestataire vous lie à lui.
Les accès, enfin. Le devis doit prévoir la remise d’un accès administrateur complet au site, et des identifiants du domaine et de l’hébergement. Sans ces accès, vous ne pouvez rien modifier sans passer par le prestataire, et vous ne pouvez pas le quitter facilement.
Reste la propriété des contenus et du travail réalisé. Les textes que vous fournissez restent à vous. Pour les créations du prestataire, maquette, illustrations, développements spécifiques, le devis ou le contrat doit dire ce qui vous est cédé. Une phrase claire vaut mieux qu’un silence qu’on interprétera plus tard.
Ce qui se paie après la mise en ligne
Un site ne s’arrête pas le jour de sa mise en ligne. Il faut le renouveler, le mettre à jour, le sauvegarder, le modifier. Un bon devis distingue clairement ce qui se paie une fois et ce qui se paiera ensuite.
Le renouvellement du nom de domaine et de l’hébergement revient chaque année. Le devis doit dire qui le paie et comment, même si le montant n’est pas élevé. Un renouvellement oublié peut faire disparaître le site et les adresses mail du jour au lendemain.
La maintenance mérite sa propre ligne, avec un périmètre écrit. Mises à jour du logiciel et des extensions, sauvegardes, surveillance, petites corrections : qu’est-ce qui est inclus, à quelle fréquence, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? « Maintenance incluse » sans détail ne protège personne.
Les modifications, enfin. Ajouter une page, changer une photo, publier une actualité : le devis peut prévoir un nombre d’interventions, un forfait, ou une facturation au temps passé. Ce qui compte est de le savoir avant d’avoir besoin d’une modification urgente.
Si l’offre est un abonnement mensuel qui regroupe création, hébergement et maintenance, le devis doit dire ce qu’il reste à la fin de l’engagement. Le site vous appartient-il ? Pouvez-vous le récupérer, et sous quelle forme ? C’est la question la plus importante d’une offre au mois, et la moins souvent posée.
Pensez aussi à la prise en main. Un site que vous ne savez pas modifier vous rend dépendant pour la moindre correction d’horaire. Certains devis prévoient une courte formation à l’outil d’administration, ou un guide écrit. Si ce n’est pas le cas, demandez-le : apprendre à changer un texte ou une photo vous fera économiser bien des petites factures.
Délais, acompte, recette
La dernière partie du devis organise le déroulement du projet. Elle évite les malentendus sur le calendrier et sur le moment où l’on paie.
Le calendrier doit être découpé en étapes : maquette, validation, intégration des contenus, mise en ligne. À chaque étape, ce que le prestataire livre et ce que vous devez fournir. Un projet de site prend du retard bien plus souvent parce que les textes ou les photos n’arrivent pas que par la faute du prestataire. Un calendrier qui dit qui attend qui protège les deux parties.
L’acompte et l’échéancier doivent être écrits. Il est normal de verser une partie à la commande. Il est plus sain que le solde soit versé après la livraison et la vérification, et non avant la mise en ligne.
Cette vérification s’appelle la recette. C’est le moment où vous testez le site avant de l’accepter : toutes les pages prévues sont là, le formulaire envoie bien les messages, le site s’affiche correctement sur téléphone, les liens fonctionnent. Le devis doit prévoir cette étape et dire combien de temps vous avez pour signaler les défauts. Sans recette, vous découvrez les problèmes une fois le solde payé.
Faites cette recette sérieusement, avec une liste. Ouvrez chaque page sur un ordinateur puis sur un téléphone, envoyez-vous un message par le formulaire, cliquez sur le numéro de téléphone, relisez les mentions légales. Notez chaque défaut par écrit, avec la page concernée, et envoyez la liste en une seule fois. Le prestataire corrige, vous vérifiez, puis vous validez.
Comparer deux devis
Comparer des devis en regardant seulement leur total revient à comparer deux paniers de courses sans regarder ce qu’il y a dedans. La méthode consiste à ramener chaque devis aux mêmes lignes.
Prenez le tableau ci-dessus et cochez, pour chaque devis, les lignes présentes et les lignes absentes. Un devis plus cher qui inclut la rédaction des textes, le domaine à votre nom et une année de maintenance n’a rien à voir avec un devis moins cher qui n’inclut rien de tout cela. Les lignes absentes sont autant de dépenses à venir, ou de questions à poser.
Un exemple rend la méthode concrète. Un menuisier reçoit deux devis. Le premier, plus bas, annonce un site de quelques pages, sans liste, textes à fournir, domaine réservé par le prestataire, maintenance non mentionnée. Le second, plus élevé, liste les pages, prévoit un entretien pour rédiger les textes, réserve le domaine au nom de la menuiserie et inclut une année de mises à jour. Une fois les lignes absentes du premier ajoutées, l’écart se réduit, et parfois s’inverse. Surtout, le second laisse le menuisier libre de partir avec son site.
Méfiez-vous aussi des écarts trop importants dans l’autre sens. Un devis très inférieur aux autres cache souvent un modèle d’abonnement, un site construit sur un outil propriétaire que vous ne pourrez pas emporter, ou un travail très standardisé. Ce n’est pas forcément un mauvais choix, mais il doit être fait en connaissance de cause.
Posez ces questions par écrit, par mail. Les réponses écrites engagent le prestataire et serviront de référence. Un prestataire qui refuse de détailler son devis, ou qui répond « on verra au fur et à mesure », vous dit déjà comment se passera la suite.
Le devis signé sera souvent complété par un contrat ou des conditions générales. Les clauses qu’il faut y vérifier sont présentées dans ce qu’il faut lire dans le contrat qui suit le devis. Lus ensemble, devis et contrat doivent raconter la même histoire.
Ce réflexe de lecture, ligne par ligne et du côté du client, est celui que défend Web Motion sur tout ce qui touche à la propriété et la mise en ligne du site : savoir ce qu’on achète, et ce qui restera à soi.
Questions fréquentes
Un devis de site internet est-il obligatoire ?
Pour la création d’un site, la loi n’impose généralement pas de devis écrit, contrairement à certains métiers du dépannage ou du bâtiment. Le prestataire doit en revanche vous informer de son prix et des caractéristiques de sa prestation avant que vous vous engagiez. Dans les faits, un devis détaillé est la meilleure façon de le faire, et vous avez tout intérêt à l’exiger.
Un devis signé vaut-il contrat ?
Oui. Un devis daté et signé avec la mention de votre accord engage les deux parties sur ce qu’il décrit. C’est pourquoi il faut le lire avant de signer, et faire corriger ce qui manque. Si un contrat ou des conditions générales l’accompagnent, ils font partie de l’accord et doivent être cohérents avec lui.
Peut-on demander un devis gratuit ?
Dans la grande majorité des cas, le devis de création de site est gratuit. Un prestataire peut facturer un devis qui demande un travail important, comme une étude détaillée, mais il doit vous le dire avant de l’établir. Si personne ne vous a parlé de frais, le devis ne vous coûte rien.
Que faire si le prestataire refuse de détailler son devis ?
Demandez au moins la liste des pages, la personne qui rédige les textes, le nom du titulaire du domaine et ce qui est inclus après la mise en ligne. Si ces quatre réponses ne viennent pas par écrit, passez votre chemin. Un prestataire sérieux n’a aucune raison de cacher ce qu’il va livrer.
